À qui veut bien l’entendre

La vie c’est de la marde parfois, ou comment j’ai commencé à faire du yoga

11 avril 2016, Ville de Québec,

C’est une belle journée aujourd’hui, j’habite à quelques minutes de mon travail et j’m’y rend en auto les fenêtres baissées. Après avoir bûché pendant des années à l’Université j’ai enfin un purpose, j’ai l’impression d’avoir une utilité; je sers à quelque chose. Je travaille auprès de jeunes vivant divers difficulté que monsieur-madame-tout-le-monde peuvent même pas s’imaginer et je les aide à se retrouver dans ce monde de débile. En plus d’aimer ma job, j’aime ma vie à Québec, ma ville adoptive. J’ai pas de chum, mais j’ai un chat assez cool et des amis qui m’incitent à donner le meilleur de moi-même à chaque jour. Mais bon, rappelons nous que nous sommes le lundi 11 avril 2016, un lundi qui a commencé comme quasi-chaque lundi de la dernière année et demie, mais qui s’est terminé d’une manière très imprévue disons.

Bin lundi le 11 avril 2016 j’ai perdu la job que j’aimais tant, j’ai perdu le bout de ma vie d’adulte dont j’étais si fière. C’est lors d’une rencontre frette avec le directeur de la ressource que j’ai appris qu’une coupure de subvention avait pour conséquence que ce lundi là allait être mon dernier lundi ever dans cette ressource.

Ouais, bin j’peux vous dire que le 12 avril 2016, j’avais pas mon shit together. Je vous épargne les détails, mais c’était pas cute.

En tant qu’adulte n’ayant plus du tout son shit together j’ai pris la décision la plus logique: partir seule en Irlande. Quand ton équilibre sacre le camps, aussi bien sacrer le camps aussi n’est-ce pas? Vous ne me connaissez pas encore, mais je suis une junkie de voyage et c’était à mon avis la meilleure chose à faire pour me retrouver dans cette perte d’équilibre.

Alors l’Irlande… Pour faire simple, voilà mon voyage en 3 étapes bien simple: de la Guinness et du déni à Dublin, abandon absolut devant la grandeur de paysages magnifiques à Galway et la découverte du mot f-unemployed et le retour de la légèreté dans ma vie à Belfast. Je dois l’avouer, y’a pas meilleure thérapie que partir se chercher ailleurs quand on ne se retrouve plus ici. Effectivement, dans mon monde, y’a pas meilleurs amis que les voyageurs que l’on croise dans une rue inconnue, y’a pas plus chaleureux et accueillant qu’un château ou une montagne que l’on s’apprête à explorer et y’a pas plus précieux et enrichissant que les souvenirs qu’un voyage peut nous apporter. Alors oui, l’Irlande m’a fait un bien fou et, tabarnouche OUI, j’ai sérieusement pensé à annuler mon billet de retour.

Mais bon, toute bonne chose a une fin, me revoilà donc à Québec sans emploi. Je me suis mise à m’entraîner comme s’il n’y avait pas de lendemain, à manger comme c’est pas possible et à appliquer compulsivement à chaque emploi en lien de près ou de loin à mes études. Bin oui, vous le savez bien, je me suis trouvé pas un, deux, mais même trois emplois différents en même temps dans trois villes différentes (évidemment). En tant que Montréalaise d’origine, j’ai décidé de lâcher mon Québec adoptif pour la grand ville.

J’aime voyager, j’ai la bougeotte et j’ai l’habitude des départ, mais tabarouette que celui-là a pas été facile. Pas trop sûre de ma shot, je ne prend pas d’appartement et je retourne chez mes parents le temps de voir si je me remet de mon retour en ville. Oui, vous avez bien compris, après des années d’indépendance et d’aventures je fais le move le plus plate EVER.

À Montréal je retrouve des repères qui ne me ressemblent plus. Je retrouve une ville qui va vite, une ville qui transpire l’individualisme; une ville qui ne me ressemble vraisemblablement plus du tout. Je ne me sens pas à ma place, j’ai même l’impression de personnifier à moi seule le concept d’anomie développer par le sociologue Émile Durheim; je n’ai plus de cadre orientant mon quotidien, plus de limites, plus de plans… Bref, j’ai perdu mes repères et j’ai bin de la misère à les retrouver.

C’est dans des moments comme celui-là qu’on se ramène à la base. Qu’est-ce qui me rend réellement heureuse? C’est sans l’ombre d’un doute le fait de me retrouver devant un paysage qui me donne le goût de rester en silence, un paysage qui me laisse sans mots. Bon, ne pouvant trainer de paysages à couper le souffle dans ma poche, il fallait vraiment que je trouve un moyen de retourner dans mon happy place au quotidien.

Bin voilà, c’est en naviguant sur instagram que je tombe sur le compte d’une vieille amie et remarque qu’elle fait maintenant du yoga (https://www.instagram.com/jadebrisson29/ impressionante la fille en plus!) juste à côté de chez moi. Bon, pourquoi pas, j’ai rien à perdre, j’m’emmerde ici anyways!

Le yoga en trois mots: challenge et lâcher prise. Pas plus compliqué que ça. Alors que j’ai carrément trippé sur les défis que représentent certaines positions complètement-et-incroyablement-infaisable lors de mon tout premier cours, j’ai rapidement découvert les bienfaits du lâcher-prise et de pleinement s’abandonner au moment présent lors d’une pratique. C’est en lâchant prise que j’ai découvert que le yoga était en quelque sorte mon happy place portatif. J’ai identifié que, lorsque je voyage, je cultive bien malgré moi ma capacité à vivre dans le moment présent et le yoga est devenu mon moyen de prédilection pour retourner dans ce merveilleux lieu: le moment présent.
Y’a rien de magique dans la vie, en réalité le yoga n’a rien changé du tout sur ma situation, il m’a plutôt permis d’évoluer. Le concept du ici et maintenant me permet d’être plus attentive au positif et à la beauté qui m’entoure, et ce, que je sois chez mes parents ou à l’autre bout de la planète. J’ai maintenant la forte impression que ce qui m’attend est totalement inattendu et je suis tout simplement en paix avec ça.

 

Namasté!

 

Marie-Hélène B. Bellemare

Je parle fort, je parle beaucoup, j’aime rire, bref je fais du bruit… mais ce que j’aime par dessus tout, c’est de me retrouver devant un paysage qui me donne le goût de rester en silence, un paysage qui me laisse sans mots. Je suis une junkie des moments qui me virent à l’envers et qui me rappellent que la vie est belle en tabarouette.
Instagram: https://www.instagram.com/hemmash/

crédit photo: Marie-Hélène B. Bellemare